Perspectives
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Protéger sa marque en Europe depuis la Suisse.

La marque suisse s'arrête aux frontières suisses. Toute activité européenne suppose un titre distinct — et un arbitrage entre trois voies dont les coûts, les délais et les risques diffèrent.

4 février 20219 min de lecturePar LegalMarque

Article initialement publié sur l'ancienne version de LegalMarque, puis révisé lors de sa migration.

L'essentiel en bref

  • 01Une marque suisse ne produit aucun effet dans l'Union européenne.
  • 02Trois voies : marque de l'Union européenne, dépôts nationaux, ou désignation via le système de Madrid.
  • 03Le délai de priorité de six mois à compter du dépôt suisse permet de faire remonter la date d'antériorité.
  • 04La marque de l'Union européenne est unitaire : une opposition dans un seul État peut faire tomber l'ensemble.

Introduction

Une entreprise suisse qui vend en France, en Allemagne ou en Italie découvre parfois tardivement que son enregistrement helvétique ne lui sert à rien de l'autre côté de la frontière. Le principe de territorialité est strict : chaque titre ne vaut que sur le territoire pour lequel il a été délivré.

L'extension européenne n'est pas une formalité administrative mais un arbitrage stratégique. Cet article, publié à l'origine sur l'ancien site du cabinet, en présente les termes.

1. Trois voies d'extension

La marque de l'Union européenne, déposée auprès de l'EUIPO, couvre l'ensemble des États membres par un titre unique. Elle est en général la voie la plus économique dès lors que trois marchés européens ou plus sont visés.

Les dépôts nationaux, effectués office par office, permettent de cibler précisément quelques pays. Ils sont pertinents lorsque le déploiement est limité, ou lorsqu'un risque d'opposition identifié dans un État rendrait le titre unitaire fragile.

La désignation par le système de Madrid, administré par l'OMPI, permet d'étendre un dépôt suisse à plusieurs territoires par une procédure centralisée, en désignant l'Union européenne et/ou des États membres.

Comment se décide l'arbitrage

Nombre de marchés réellement visés à trois ans, résultats de la recherche d'antériorités par territoire, sensibilité du secteur aux oppositions, et budget d'entretien du portefeuille sur dix ans.

2. Le délai de priorité de six mois

À compter d'un premier dépôt régulier, un délai de priorité permet de revendiquer, pour les dépôts ultérieurs à l'étranger, la date du dépôt initial. Ce mécanisme, issu de la Convention d'Union de Paris, est de six mois en matière de marques.

Concrètement, une extension déposée dans ce délai est réputée antérieure à tout dépôt tiers intervenu entre-temps. Le délai est impératif : passé son terme, la revendication de priorité n'est plus possible.

Cela ne signifie pas qu'il faille déposer partout dans les six mois. Cela signifie qu'il faut, dans ce délai, avoir arbitré les territoires pour lesquels l'antériorité mérite d'être sécurisée.

3. Le caractère unitaire, avantage et fragilité

La marque de l'Union européenne produit les mêmes effets dans tous les États membres. Cette unité fait sa force économique et sa fragilité procédurale : une opposition fondée sur un droit antérieur dans un seul État peut faire échec à la demande pour l'ensemble du territoire.

En cas de refus, un mécanisme de transformation permet, sous conditions, de convertir la demande en dépôts nationaux en conservant la date initiale. Cette conversion a un coût et suppose une réaction rapide.

C'est pourquoi une recherche d'antériorités élargie aux principaux registres nationaux, en amont du dépôt, n'est pas une précaution superflue : elle conditionne le choix même de la voie.

4. Délais et suivi

Les procédures européennes s'inscrivent généralement dans un horizon de plusieurs mois à plus d'une année selon la voie retenue, l'existence d'objections d'office et la survenance d'oppositions. Aucun délai ne peut être garanti par le conseil, qui dépend du rythme des offices.

Le suivi post-enregistrement compte autant que le dépôt : surveillance des nouveaux dépôts, respect des échéances de renouvellement, et constitution progressive des preuves d'usage, exigibles en cas de contestation après un certain délai d'inexploitation.

Questions fréquentes

Ce que les dirigeants demandent le plus souvent.

Ma marque suisse est-elle protégée dans l'Union européenne ?

Non. Le principe de territorialité impose un titre distinct. Un enregistrement suisse ne produit aucun effet dans les États membres.

Combien de temps dure une procédure européenne ?

Elle s'étend généralement sur plusieurs mois, parfois au-delà d'une année en cas d'objection ou d'opposition. Ce délai dépend des offices et ne peut être garanti.

Vaut-il mieux une marque de l'Union européenne ou des dépôts nationaux ?

Cela dépend du nombre de marchés visés et des antériorités identifiées. Au-delà de trois États, le titre unitaire est souvent plus économique ; en présence d'un risque d'opposition localisé, les dépôts nationaux sécurisent mieux.

Sources officielles

Conclusion et méthode

Hiérarchiser, structurer, décider.

L'extension européenne se prépare au moment du dépôt suisse, pas au moment où le premier client étranger passe commande.

L'arbitrage entre titre unitaire, dépôts nationaux et système de Madrid mérite un examen chiffré, territoire par territoire.

À propos de cette publication

Auteur
LegalMarque
Champ d'intervention
Extension internationale des marques
Périmètre
Suisse, Union européenne, système de Madrid

Contenu informatif, mis à jour le 4 février 2021. Il ne remplace pas l'analyse d'un dossier individuel.

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